En t’attendant, je me préparais déjà à un grand bouleversement dans ma vie. J’avais préparé ta chambre, tes jouets, tes accessoires de puériculture dont j’ignorais totalement le nom quelques semaines auparavant. Une turbulette, une gigoteuse, un cosy… J’avais acheté des tonnes de vêtements mignons en t’imaginant les porter…

Alors oui, on se prépare sur le plan matériel mais on est bien loin d’être prêt sur le plan émotionnel à la décharge de sentiments qui se déversent avec la venue d’un enfant.

Moi qui croyais avoir tout préparé au mieux pendant ces neuf mois à t’attendre, j’étais à mille lieux d’imaginer le changement que tu allais apporter à ma vie.

On ne m’avait pas dit que rentrer de la maternité en te tenant dans mes bras serait le plus gros challenge que je n’aurais jamais eu à relever. Que mes pieds vacilleraient et que je n’arriverais pas à contenir le flot de larmes qui couleraient sur mes joues, sans s’arrêter. Que l’émotion serait si intense que jamais je n’aurais connu ça auparavant.

On ne m’avait pas dit que le fait de ne pas comprendre chacun de tes pleurs me rendrait misérable au point de craquer parfois. Que ce ne serait pas trois, ni quatre mais plus de huit mois de sommeil sacrifiés pour répondre à tes besoins la nuit.

On ne m’avait pas dit que je pourrais ressentir autant de bonheur à la simple expression d’un sourire en coin. Qu’un semblant d’éclat de rire pourrait faire couler des larmes de joie sur mes joues. Ni que je pourrais en vouloir autant à des inconnus pour le bruit qu’ils font dans la rue lorsque tu dors.

On ne m’avait pas dit que j’aurais mal à en pleurer durant le premier mois de la mise en place de l’allaitement. Que je redouterais ce moment douze fois par jour. Parfois plus. Que je serais tiraillée entre le bonheur de te voir heureux et comblé par l’allaitement et la douleur associée à la fatigue que cela engendrerait pour moi. On ne m’avait pas dit que j’aurais envie de tout abandonner des dizaines de fois. Mais que jamais je ne baisserais les bras.

On ne m’avait pas dit que je continuerais à t’allaiter des mois durant, et que je me mettrais à adorer ce moment. Que cette relation si spéciale deviendrait un besoin vital pour nous deux et que je ne voudrais plus l’arrêter. Si bien que je repousserais le moment de la diversification après six mois et que je continuerais à t’allaiter encore aujourd’hui à près de neuf mois.

On ne m’avait pas dit que toutes les galères de la vie me paraîtraient si insignifiantes lorsque je t’aurais dans mes bras. Ni que je ferais toujours tout mon possible pour t’en préserver. Que j’arriverais à sourire lorsque je serais triste et que cela me rendrait heureuse à nouveau de te voir aller bien.

On ne m’avait pas dit que je m’extasierais devant chacun de tes progrès. Que le fait que tu te tienne debout me remplisse à la fois de fierté, de joie mais aussi d’une immense angoisse de te voir trébucher. Que chacune de tes nouvelles acquisitions me rappellerait que le temps passe trop vite et que je n’aurais jamais assez d’une vie pour t’aimer.

On ne m’avait pas dit que je repousserais au maximum l’entrée en garderie pour te garder auprès de moi le plus longtemps possible. Que m’occuper de toi me prendrait tout mon temps et que je passerais au second plan. Que tout me paraîtrait superficiel et dérisoire à côté du bonheur de te sentir t’endormir sur moi.

On ne m’avait pas dit qu’il était possible d’aimer au premier regard. Ni que je donnerais ma vie pour toi.

Je t’aime mon ange.